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Dans le premier tome de ses souvenirs, Dylan lève un coin du voile et explique la raison du Never Ending Tour. Après la longue tournée avec Tom Petty, pendant les répétitions avec le Grateful Dead il était désabusé, avait envie de stopper les concerts, mais quelque temps plus tard, un soir, en Suisse, il eut LA révélation, comprit qu’il pouvait continuer à malaxer ses nombreuses chansons parce qu’à travers le monde, des fans iraient et reviendraient toujours assister à ses cérémonies bizarres.

Et ainsi, depuis des années, soir après soir, il enchaîne les shows selon l’humeur, le répertoire et un tas de paramètres que lui seul maîtrise (et encore!).

La tournée européenne a débuté le 17 Octobre à Stockholm avec comme fil conducteur le nombre de morceaux joués (16 à chaque fois) et All Along the Watchtower qui termine toujours le show.

Sinon, et plus que jamais, le Bobby grappille dans ses chansons bouleversant la set-list tous les soirs, semblant courir après un improbable Graal, ou peut être est-ce tout simplement géré en fonction de ses envies et de son humeur.

Ainsi Blind Willie Me Tell exhumé des Bootlegs Series joué à Hambourg le 24/10, Stuck Inside Of Mobile … de Blonde On Blonde, beaucoup de titres de Love & Theft mais aussi des impasses sur Oh Mercy par exemple, album dont il décrit portant la genèse dans ses fameuses mémoires déjà citées et qui semble être un album important dans son évolution. (Finalement et juste pour montrer qu’il fait ce qu’il veut, il a joué un titre différent de ce CD deux soirs Shooting Star le 30/10 à Wetzlar et Man In The Long Black Coat le 26/10 à Hanovre! !)

Et c’est ainsi qu’on se retrouve au Zénith au troisième rang légèrement sur la gauche face à la scène pour assister à ce long sacerdoce en forme d’exorcisme. Dylan pourrait se contenter de donner lecture de ses chansons comme le font les écrivains américains dans les universités mais il préfère les triturer, les malaxer sur un accompagnement électrique.

Le groupe de requins de studio efficace mais sans génie (a quoi bon d’ailleurs des instrumentistes virtuoses?) se présente en costard gris et chemise noire, le Zim lui est de profil devant son piano électrique dans un costume de pistolero mexicain et un chapeau noir qui lui mange le visage. Il semble tout petit, chétif, malingre, perclus de rhumatismes.

Maggie's Farm débute le concert comme souvent depuis le début de l’European Tour. Le groupe joue assez rock mais pas très fort c’est Stue Kimball qui assure les solos et on entend assez faiblement les accords du piano électrique ainsi que la pedal steel de Donnie Heron.Et il enchaîne les titres que (je le confesse) je ne reconnais pas, Tonight I’ll Be Staying Here With You avec un solo d’harmonica et aussi le seul moment du concert où Bob joue de courts instants face au public, Tweedle Dee & Tweedle Dum puis Just Like Tom Thumb’s Blues exhumé de Higway 61 psalmodié avec encore un peu d’harmonica, Il’s Alright Ma avec une partie de violon assez moyenne de Donnie et une version quasi mystique de Girl Of The North Country absolument méconnaissable. High Water avec Donnie au banjo conclut superbement ces cinquante minutes de musique…. 

Entracte

Le groupe a changé de costume et de chemise, Bob seulement de chapeau (un blanc de cow boy). Avec leurs fringues identiques et leur coupe de cheveux de notaires de province les musiciens ressemble à un jazz band des années 20.La seconde partie du show est époustouflante, le Zim qui a esquissé un ou deux sourires devant son piano démarre par une version superbe de Drifter’s Escape où on perçoit un riff de guitare qui ressemble à Crossroads, It Ain’t MeBabe avec Tony Garnier excellent à la contrebasse, précède une version électrique jouée et chantée sur le fil du rasoir de Higway 61. Et là je ressens ce frisson, cette intensité qui font que certains concerts sont des moments uniques, magiques, oui ce petit bonhomme malingre, de profil, voûté devant son micro, qui se dandine sur son piano est le plus grand song writer du rock celui qui a inventé au début des sixties un art nouveau. Sans lui Springsteen serait garagiste dans le New Jersey, Neil Young trappeur au Canada et Hugues Auffray chef de meute chez les boy-scout et vous pouvez continuer en nommant n’importe quel musicien. 

Dylan a fait exploser les barrières et apporté dans la musique rock ses mots, cette poésie dans la lignée de Rimbaud, et autres poètes européens.Et ce grand moment est suivi de A Hard Rain’s Gonna Fall, bizarrement je reconnais tout de suite les chansons de la seconde partie et celle-ci est un chef d’œuvre, avec Stue à la guitare acoustique, encore Tony à la contrebasse et Donnie à la mandoline.I don’t Believe You est presque éclipsée coincée entre It’s Hard et le GRAND MOMENT du show, une longue version hantée, magique, sombre, apocalyptique de Desolation Row. 

Praise be to Nero's Neptune
The Titanic sails at dawn
And everybody's shouting
"Which Side Are You On?"
And Ezra Pound and T. S. Eliot
Fighting in the captain's tower
While calypso singers laugh at them
And fishermen hold flowers
Between the windows of the sea
Where lovely mermaids flow
And nobody has to think too much
About Desolation Row

Loué soit le Neptune de Néron
Le Titanic navigue à l'aube,
Et tout le monde crie
"Dans quel camp es-tu ?"
Et Ezra Pound et T.S.Eliot
Luttent dans la tour du capitaine
Tandis que les chanteurs de calypso rient d'eux
Et que les pêcheurs tiennent des fleurs
Entre les fenêtres de la mer
Où nagent d'adorables sirènes
Et personne ne pense trop
A l'Allée de la désolation
 

Summer Days et ses accents jazzy conclue le show.

Un seul rappel très classique avec Like A Rolling Stone très électrique et All Along The Wachtower, seize chansons c’est le tarif de la tournée, et toujours le même titre pour finir, repère immuable comme un phare qui brille puis s‘éteint.

Bob se dandine un harmonica dans chaque main et regarde la foule qui l’acclame avec un sourire satisfait. Pas un mot pour introduire les chansons pas Thank You pas Good Night, seulement seize brûlots jetés sur une scène.

Un court instant j’ai cru que tel un matador après l’estocade, il allait jeter ses harmonicas, mais dans une dernière pirouette, il tourne les talons direction les coulisses.

Pas de deuxième rappel, malgré les cris, 16 chansons c’est le tarif dylanien version 2005.

 

                                                  SET LIST

1/ Maggie's Farm (Bringing it All Back Home)

2/ Tonight I'll Be Staying Here With You (Nashville Skyline)

3/ Tweedle Dee & Tweedle Dum (Love and Theft)

4/ Just Like Tom Thumb's Blues (Higway 61)

5/ It's Alright, Ma (I'm Only Bleeding) (Bringing....)

6/ Girl Of The North Country (The Freewheeling)

7/ High Water (For Charley Patton) (Love & Theft)

                            ENTRACTE

8/ Drifter's Escape (John Wesley Harding)

9/ It Ain't Me, Babe (Another Side Of)

10/ Highway 61 Revisited (Higway 61)

11/ A Hard Rain's A-Gonna Fall ( The Freewheeling)

12/ I Don't Believe You (She Acts Like We Never Have Met) (Another Side of.)

13/ Desolation Row (Higway 61)

14/ Summer Days (Love & Theft)

                           ENCORE

15/ Like A Rolling Stone (Higway 61)

16/  All Along The Watchtower ( John Wesley Harding) 




 



Tag(s) : #MUSIQUE

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