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Jimmy Duck Holmes It Is What It Is

Fermez les yeux…Après une longue route le long du Mississippi, après avoir traversé les champs de coton ou de canne à sucre qui s’étendent à perte de vue, vous quittez l’Interstate pour Bentonia.

Un de ces bleds perdus au milieu de nulle part. Il faut traverser la voie ferrée inamovible, symbole des rêves et des espoirs, celle qui mène à Chicago, là-bas tout au Nord où on raconte que les noirs sont respectés. Mais on raconte tant de choses, tant d’histoires…

Et puis, Bentonia, quelques maisons, une rue et une enseigne le Blue Front Cafe. Les couleurs sont bleues et rouge, devant est posé un marqueur du Mississippi Blues Trail. Le lieu a une histoire, il rentre dans la longue tradition du blues, celui du delta, acoustique, avec cette façon de jouer et de chanter si particulière.

Quelques personnes discutent devant la porte d’entrée.

C’est ouvert, il fait sombre à l’intérieur, une toute petite scène dans un coin, des affiches, des poster, des tables et des chaises. Deux ou trois vieux noirs sont assis, ils tuent le temps en regardant leur verre de bière.

Au comptoir, un homme, souriant, c’est lui le maître des lieux, c’est lui le guitariste, c’est lui qui vient d’enregistrer dans son juke-joint, qui doit être un des plus anciens encore en activité dans le delta, un album de blues. En s’inspirant des grands anciens, Skip James, Jack Owens, Henry Stuckey, Bud Spires, Cornelius Bright, Tommy West,

Le premier morceau est électrique, mais bien vite on retrouve la guitare acoustique, quelques accords d’harmonica, et la voix caractéristique de Jimmy. Les paroles sont tristes, la vie n’est pas facile dans ce coin du Mississippi, même pour un musicien talentueux qui tente de conserver son juke-joint que ses parents ont acheté en 1948, un an avant sa naissance.

Et depuis 1970, c’est lui le patron, lui qui maintient la tradition, qui organise des concerts et un petit festival dans sa ville.

Jimmy joue dans le delta, ce blues si authentique, si profond, si pur presque oublié…En avril 2016 il jouait à Clarksdale et quasiment tout le public était composé de blanc plutôt universitaires…et de deux petits français, émus, qui n’en perdaient pas une miette, regardant cette façon de poser ses doigts sur les cordes, de s’appliquer, de chanter doucement, de raconter des histoires.

On retrouve sur cet album la même authenticité, la même profondeur, la même beauté, la même intensité qu’en concert, l’album ayant été enregistré en live.

Si quelqu’un vous demande un conseil pour écouter du blues, du vrai blues, pas les trucs que fourguent les compagnies de disques en mal d’étiquettes, dites-lui que dans un coin du delta, un homme maintient la tradition, l’héritage, en jouant une musique tellement belle qu’elle donne la chair de poule, qu’elle nous plonge dans l’histoire du peuple noir, qu’elle nous dit que depuis des années des hommes souffrent sur cette terre ingrate et que certains ont décidé de raconter tout cela en musique, comme un témoignage, une leçon de vie.

Jimmy Duck Holmes est un grand, autant s’en apercevoir quand il est encore vivant !

 

Tag(s) : #album

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