LE BRUIT DE L'AMERIQUE
NEW YORK 11/09/2006, Pont de Brooklyn
NEW YORK 11/09/2006, Pont de Brooklyn
Une des plus belles salles de l’exposition We Want Miles est celle consacrée à Ascenseur pour L’Echafaud, le premier film de Louis Malle.
Miles, qui doit donner une série de concerts à Paris, avec Barney Wilen, René Urtreger, Pierre Michelot et Kenny Clarke, se voit proposer de composerla musique de ce film dans une certaine urgence afin que l’œuvre puisse concourir pour le Prix Louis-Delluc (qu’elle remportera)
Le trompettiste est séduit par l’idée et la séance d’enregistrement, organisée par Marcel Romano, se déroule dans la nuit du 4 au 5 décembre, en présence de Jeanne Moreau.
Sur cette nuit, il ne faut pas manquer le récit de René Urtreger et surtout la musique sur les images de Florence/Jeanne Moreau dans le Paris nocturne de la fin des années cinquante.
Le noir et blanc renforce la puissance des notes, et la musique ne suit pas Jeanne Moreau mais tisse un univers où elle semble se mouvoir.
La beauté de la musique est violente, forte et belle en même temps.
Cette composition en live quasiment improvisée ouvre de nouveaux horizons à Miles Davis, et quelque part annonce Kind of Blue en 1959 et surtout quelques années plus tard le second quintet (Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams).qui explorera et magnifiera ce chemin.
Avec le recul, on s’aperçoit que ces quelques moments à Paris ont fortement marqué Miles qui ne l’oublions pas adorait cette ville
Petite anecdote
Les notes originales du disque 25cm furent rédigées par Boris Vian,.qui n’était pas présent lors de l’enregistrement.
Il explique que la sonorité particulière de la trompette de Miles sur « Dîner Au Motel » tient au fait qu’un morceau de peau s’était détaché de sa lèvre et obstruait partiellement son embouchoir.
René Urtreger explique au contraire que le son diffus de la trompette est le fait d’ajouts de réverbération au moment du mixage définitif (Désolé Boris)
En sortant de l'exposition Miles, je tombe sur ce double CD, qui au départ, vu la pochette me semble ancien, genre affiche des sixties au Fillmore de San Fransisco.
Mais non c'est tout chaud, tout nouveau, sorti en avril 2009, vu le casting on se dit que c'est un super-groupe, avec le petit père McLaughlin qui rebranche sa guitare, et le superbe Vinnie Colaiuta maître-tambour chez Jeff Beck !
Et bien sur Chick Corea au piano.
Dommage que le saxo de Kenny Garrett est, parfois, un peu trop envahissant, mais dans ce combo, lié par la musique et les souvenirs de Mile Davis, on retrouve la fulgurance du Mahavishnu Orchestra, les climats de Return to Forever, l'esprit de Miles.
Une bonne surprise et une belle découverte, mélange de thèmes nouveaux (un fabuleux Hymn to Andromeda), Raju sur l'album Floating Point de John, The Disguise d'Ornette Coleman, New Blues, Old Bruise sur Industriel Zen de John, Dr Jackle, de Miles très à l'honneur donc et Senor CS encore une nouveauté de McLaughlin, qui est toujours aussi fabuleux à la guitare électrique, sans comparaison à mon avis, avec ce qu'il joue dans d'autres formes musicales.
Assez jazzy, avec le sax, mais avec de superbes interventions des solistes, une musique de synthèse des multiples influences de ces
musiciens qui retrouvent ensemble la fougue de leurs jeunes années.
Track listing:
CD1: Raju; The Disguise; New Blues, Old Bruise; Hymn to Andromeda.
CD2: Dr. Jackle; Senor C.S.; In a Silent Way/It's About That Time; Someday My Prince Will Come.
Chick Corea: piano, keyboards.
John McLaughlin: guitar.
Kenny Garrett: saxophone.
Christian McBride: acoustic and electric basses.
Vinnie Colaiuta: drums.
La bonne nouvelle, c'est que dès l'entrée de l'exposition, on sait qu'on va écouter de la musique car on nous distribue des écouteurs, cela semble évident, mais c'est la première exposition où on peut écouter des morceaux entiers du musicien exposé au casque sans être perturbé par le bruit alentour.
Sinon tout commence par les débuts, cette rue de St Louis, où le petit Miles fait ses classes et puis dans ce long couloir semble, couleur du jazz, couleur du peuple noir, les petites salles où donc on écoute des morceaux de Miles.
Birth of Cool bien sur, car même si le concept permet de butiner dans toutes les périodes selon son inspiration, c'est plus simple de suivre la chronologie.
Photos avec Gerry Mulligan, Gil Evans, John Lewis, Charlie Pazrker, St Germain des Prés, Juliette Gréco, la dope....rivalité avec Chet Baker, rencontre avec Charlie Parker.
Je ne suis pas un grand fan de cette période, des arrangements de Gil Evans et de la lourdeur de la formation.
Et, très vite l'histoire de Miles se confond avec celle du jazz, avec la formation du premier quintet, et l'improvisation sur les images du film de Louis Malle Ascenseur pour l'échafaud, salle à ne pas rater avec des tas de documents sonores passionnants et la belle Jeanne qui déambule dans la nuit de Paris au son de la trompette de Miles.
Kind of Blue ensuite, 50 ans déjà que Miles, en deux séances, a joué cette musique intemporelle et toujours ce frisson, cette beauté, ce son.
Les sixties, et Tony Williams tout jeune, dont on peut admirer la simplicité de sa batterie, Ron Carter, ces moments magiques où tout explose dans la musique et dans la société, Miles roule en Ferrari, joue à Wight et les 35' de folie sur écran géant Call It Anithing avec Chick Corea au piano électrique et Keith Jarrett à l'orgue électrique.
A ce moment nous sommes au sous-sol de l'exposition, pour le début de la période électrique, Miles à l'enterrement de Jimi, les pochettes folles de Bitches Brew, On the Corner, la démarche forte pour Jack Johnson, la guitare de John Mc Laughlin les arabesques électriques de Zawinul, et Miles qui branche une wah-wah sur sa trompette.
Ma période préférée, celle d'une improbable et éphémère fusion qui engendra un sous-genre d'où les grands sidemen sortiront, Mahavishnu Orchestra, Weather Report, Return to Forever, V.S.O.P. Etc, etc....
La dernière partie (sur représentée à mon goût) montre les dérives, l'arrivée du funk , des chansons de Cindy Lauper et Michael Jackson, la reprise en main de Marcus Miller, les pubs, les défilés de mode, Miles superstar, Miles qui se perd, oubliant de jouer ou si peu....
La promenade se termine sur le show de 1991 à La Villette, où Zawinul, Mc Laughlin, Shorter, Hancock entourent un Davis au bout du rouleau peinant à souffler dans son instrument.
Belle exposition, très longue à visiter plus de deux heures mais je vais y retourner en semaine pour éviter la foule du samedi, un public de connaisseurs, une discographie, bibliographie abondante à la boutique.
A ne pas rater !
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